CONTEXTE. DISCERNEMENT. ACTION.
EDITIONBUSINESS.

Un journalisme utile pour comprendre, gérer et développer une entreprise.

Rechercher
Explorer Edition Business
Analyse · España

Comment calculer la rentabilité par service dans une clinique sans confondre chiffre d’affaires et marge

Le chiffre d’affaires n’est pas synonyme de bénéfice. Pour une clinique privée en Espagne, l’essentiel est d’appliquer la comptabilité analytique afin de distinguer les revenus des coûts directs et indirects. Cette analyse explique comment estimer la marge réelle de chaque prestation et utiliser ces données pour ajuster les prix et la capacité.

Une balance en bois porte une pile de pièces dorées d’un côté et plusieurs blocs de pierre de l’autre, dans une pièce à l’allure clinique.
Illustration conceptuelle générée par IA · Edition Business
Une balance conceptuelle sur une table en marbre. À gauche, une pile de pièces d'or. À droite, une pile d'objets incluant une serviette verte, un récipient métallique et un distributeur de savon. En arrière-plan flou, un lit d'examen médical est visible.
Illustration conceptuelle générée par IA · Edition Business

Dans la gestion d’une clinique privée, une distinction fondamentale se perd souvent dans la précipitation opérationnelle : le chiffre d’affaires n’est pas la marge. Le chiffre d’affaires représente les revenus bruts générés par l’activité de soins, tandis que la marge correspond au résultat net après déduction de tous les coûts associés à la prestation du service. Confondre ces deux notions peut conduire à des décisions stratégiques erronées, par exemple maintenir des prix insuffisants pour des services qui mobilisent des ressources critiques ou négliger l’efficacité de domaines qui semblent rentables, mais dissimulent des coûts indirects élevés.

Pour aborder cette complexité, la littérature sur la gestion hospitalière et l’évaluation des technologies de santé proposent des cadres méthodologiques robustes. L’objectif de cette analyse est d’adapter ces notions au contexte d’une clinique privée en Espagne, en guidant le lecteur dans l’identification des coûts, l’estimation de la marge par service et l’utilisation de ces données dans la prise de décision.

Le coût d’opportunité : le fondement économique de la décision

Avant de classer les dépenses, il est nécessaire de comprendre ce que l’on entend par coût au sens économique large. Selon la théorie économique appliquée à la santé, la notion pertinente est le coût d’opportunité. Il se définit comme la valeur de la meilleure solution à laquelle on renonce lorsqu’on utilise une ressource. Dans une clinique, les ressources (temps de bloc opératoire, heures de personnel, espace physique) sont limitées. Par conséquent, chaque heure consacrée à une intervention particulière implique de renoncer à d’autres activités possibles.

Bien qu’en pratique comptable on utilise généralement les prix du marché ou les salaires versés comme approximations de ces coûts, il importe de reconnaître que, dans certains cas, le prix payé ne reflète pas fidèlement le coût d’opportunité. Par exemple, si du personnel précédemment au chômage est recruté, le coût d’opportunité social peut être inférieur au salaire versé. Toutefois, pour la gestion interne d’une clinique privée, l’approche pratique se concentre sur les coûts monétaires réels et l’affectation efficiente des ressources disponibles.

Classification des coûts : au-delà des dépenses visibles

La littérature sur l’évaluation des technologies de santé classe les coûts en plusieurs catégories, ce qui permet d’obtenir une vision plus complète de la structure des dépenses d’une clinique :

  • Coûts directs médicaux : Ce sont les plus visibles et les plus faciles à quantifier. Ils comprennent les médicaments, les dispositifs médicaux, les consommables chirurgicaux, les examens diagnostiques et le temps spécifiquement consacré aux soins du patient par le personnel de santé. Dans une clinique privée, ces coûts varient considérablement selon le type de service (une consultation de médecine générale entraîne un coût direct bien inférieur à celui d’une chirurgie orthopédique).
  • Coûts directs non médicaux : Ils comprennent les ressources non liées aux soins, mais associées à la pathologie, comme le transport du patient ou les aménagements du domicile. Bien que, dans une clinique privée, ces coûts soient généralement pris en charge par le patient ou son assureur, il importe d’en tenir compte lors de l’évaluation de l’expérience globale du service.
  • Coûts indirects : Ils représentent les pertes de productivité professionnelle du patient et de son aidant. Dans le cadre de la gestion de la clinique, ces coûts ne sont pas directement imputés au compte d’exploitation de l’entité, mais ils sont pertinents pour l’évaluation sociale du service.
  • Coûts intangibles : Il s’agit d’aspects subjectifs tels que la douleur ou l’anxiété. Bien qu’ils soient difficiles à monétiser, ils influent sur la satisfaction des patients et, par conséquent, sur leur fidélisation et la réputation de la clinique.

Pour gérer la rentabilité interne, l’accent doit être mis sur les coûts directs médicaux et sur l’affectation correcte des coûts fixes et indirects de la structure de la clinique (loyer, administration, marketing, technologie).

Systèmes de coûts et maîtrise de la variabilité

Une étude publiée dans Gaceta Sanitaria a analysé la relation entre le degré de développement des systèmes de coûts (SC) et la variation du coût unitaire dans les hôpitaux du Système national de santé (SNS) entre 2010 et 2013. Les résultats ont montré que la mise en place de systèmes de coûts plus développés était associée à une réduction d’environ 3,2 % de la variation du coût par unité pondérée d’activité (UPA).

Ce constat est pertinent pour les cliniques privées, car il montre que la simple réduction des dépenses ne suffit pas à maîtriser les coûts ; il faut un système d’information de gestion permettant de mesurer et d’affecter correctement les ressources. Un système de coûts mature permet de déterminer quels services sont les plus coûteux à produire et pourquoi, ce qui facilite l’optimisation des processus et les négociations avec les fournisseurs.

Application pratique : des soins intensifs à la consultation privée

La méthodologie élaborée pour les unités de haute complexité, telles que les unités de soins intensifs (USI), peut être adaptée aux services moins complexes des cliniques privées. Un article de Medicina Intensiva détaille la manière de calculer les coûts dans une USI, en distinguant :

  1. Coûts de personnel : Salaires, cotisations sociales et heures supplémentaires.
  2. Charges fixes : Loyer, amortissement des équipements, maintenance, assurances et frais administratifs. Ces coûts ne varient pas avec le volume d’activité à court terme.
  3. Coûts variables (consommations) : Médicaments, matériel jetable, énergie directement consommée pour le traitement. Ces coûts varient avec le volume d’activité.

Pour une clinique privée, le calcul de la marge par service pourrait suivre les étapes suivantes :

  1. Identification des centres de coûts : Regrouper les dépenses par domaines (consultations, blocs opératoires, imagerie diagnostique, administration).
  2. Affectation des coûts directs : Enregistrer les consommations et le temps du personnel affecté spécifiquement à chaque type de service. Par exemple, le coût d’une échographie comprend le gel, le temps du médecin et du technicien, ainsi que l’utilisation de l’équipement.
  3. Affectation des coûts indirects : Utiliser des clés de répartition (comme le nombre de patients, la durée d’utilisation ou la surface occupée) pour répartir les charges fixes entre les services. Il est crucial de choisir une clé de répartition cohérente avec la consommation réelle de la ressource.
  4. Calcul du coût unitaire total imputé : Diviser le coût direct, ainsi que la part des coûts indirects et fixes attribuée au service, par le nombre d’unités réalisées pendant la période. L’affectation doit préciser les coûts inclus ; un coût incomplet ne permet pas de calculer un résultat net.
  5. Calcul du résultat par service : Soustraire le coût unitaire total imputé du revenu net par service. Si l’on ne soustrait que les coûts directs variables, on obtient la marge sur coûts variables, et non la marge nette. Pour calculer la marge nette par service, il faut également intégrer les coûts indirects et fixes pertinents, affectés selon un critère explicite. Il convient de distinguer le montant de la marge de son pourcentage : ce dernier se calcule en divisant le résultat par service par le revenu net, puis en multipliant par 100.

Conséquences pour la stratégie tarifaire et le portefeuille de services

Connaître la marge réelle de chaque service permet à la direction de la clinique de prendre des décisions éclairées :

  • Révision des prix : Si un service affiche une marge négative ou très faible, il faut déterminer si son prix est insuffisant, si les coûts sont inefficients ou si le service doit être interrompu.
  • Optimisation de la capacité : Les services offrant la marge la plus élevée par heure de capacité devraient être prioritaires dans la planification, à condition que cela ne nuise ni à la qualité ni à la satisfaction des patients.
  • Gestion du portefeuille : Il est possible d’identifier quels services sont

Sources et méthode

  1. Relación entre sistemas de costes y gasto hospitalario ↗scielo.isciii.es
  2. 2. Cálculo de los costes ↗www.gestion-sanitaria.com
  3. Costes de la calidad en Medicina Intensiva. Guía para ... ↗medintensiva.org
  4. Tipos de costes en evaluación de tecnologías sanitarias ↗theorema4h.com
Méthode éditoriale →Corrections
Signaler une erreur ↗

Pour approfondir